Pourquoi le burnout est un cadeau (en tous cas pour moi)

J'ai toujours été une grande rêveuse... dotée d'une imagination fertile, je n'avais jamais de mal à rédiger de petites histoires ou des textes presque sur demande. Sans doute le fait que la lecture fasse partie de ma vie depuis plus de 40 ans maintenant puisque je savais déjà lire couramment quand je suis entrée à l'école primaire a dû jouer sur ma facilité à laisser les mots couler de ma plume.


C'est certainement cet amour des mots qui m'a poussée vers des études de traductrice. J'ai adoré mes études, j'ai adoré apprendre le processus de traduction et surtout, je me voyais tellement passer mes journées dans des livres, entourée de tous ces mots en français, anglais ou espagnol. Pour moi, cela ne faisait pas de doute, c'était ma voie.


Malheureusement, la situation financière de mes parents n'étant pas brillante et les études à la capitale coûtant très cher quand on est fille d'ouvriers wallons, j'ai cru, mon diplôme de candidatures en poche, que je pourrais trouver du travail dans mon domaine sans aucun problème. J'étais la meilleure de ma classe ... comment aurait-il pu en être autrement? Naïve que j'étais!


En 1998, Internet n'en n'était qu'à ses balbutiements et je n'avais aucune idée de ce que pouvait être le marché du travail car hormis un job d'étudiante à l'été 1996, - grâce auquel j'ai pu m'offrir mon premier ordinateur - je n'avais jamais travaillé de ma vie. Et mes parents, qui n'ont pas fait d'études supérieures, n'auraient pas vraiment pu imaginer non plus que cela ne suffirait pas pour entrer dans un bureau de traduction puisqu'ils ont connu le marché du travail à une époque où tout le monde avait sa chance et où l'on apprenait souvent "sur le tas". Confiante en mes capacités de traductrices mais aussi dans le fait que je suis une auto-didacte, j'étais persuadée que je n'aurais pas de mal à faire mes preuves.


Seulement voilà, aucun des bureaux de traduction où j'ai postulé n'a donné de suite à ma demande. Et je n'ai pas réussi le concours d'entrée de traducteur pour le Parlement européen car je n'avais par le bon diplôme. Bien que je n'aie que 22 ans, j'ai compris que la réalité était bien différente de celle que j'aurais pu imaginer. Alors j'ai demandé des conseils, je me suis inscrite au service des anciens étudiants de mon école supérieure pour trouver du travail et c'est ainsi que je me suis retrouvée derrière un bureau à apprendre un métier pour lequel je n'avais pas été formée et auquel franchement je ne comprenais pas grand-chose.



Le contrat s'est terminé puisque c'était un CDD et je me suis à nouveau lancée sur le marché de l'emploi. J'ai découvert les fausses promesses des agences intérim, les emplois mal payés, la surexploitation dans de nombreux milieux professionnels (jeune, sans expérience et sans diplôme valable, mais volontaire et décidée à faire mes preuves, j'étais probablement le larbin idéal). Au fil des ans, malgré une progression et une amélioration de ma situation grâce à mon expérience mais toujours dans l'incapacité de décrocher un travail fixe, je m'enfermais de plus en plus dans une routine de laquelle je m'évadais dans les salles obscures dès que j'avais terminé ma journée de travail, à avaler des kilomètres de pellicule de films d'auteur, quand je n'étais pas dans un train ou un avion à la recherche d'autres horizons. On m'appelait d'ailleurs le pigeon voyageur car j'étais toujours à l'étranger. Je n'avais pas encore compris à l'époque que je tentais de fuir une réalité qui ne me convenait pas. Ce petit jeu a duré une dizaine d'années, jusqu'à ce jour d'automne 2008 où je me suis rendue compte que je n'avais plus l'énergie d'aller travailler le matin, que tout me semblait insurmontable, que ce soit ma collègue, répondre au téléphone ou simplement passer 8 heures derrière cet écran d'ordinateur en prétendant que tout allait bien et surtout que je travaillais alors que je n'avais qu'une envie : être chez moi et de préférence dans mon lit.

Toutes ces années d'insécurité et d'instabilité avaient finalement eu raison de moi et alors que j'avais enfin trouvé un travail fixe et payé correctement, soudainement, c'est comme si j'étais arrivée au bout de ce que j'étais capable de donner.



Ce que je n'avais pas compris à l'époque, c'était que je m'étais perdue loin de ce qui me faisait vibrer et que comme je devais subvenir à mes besoins puisque je vivais seule depuis que j'avais quitté mes parents bien que j'ai eu des petits amis, nous ne vivions pas ensemble et que donc, alors que j'ai pensé plusieurs fois reprendre mes études, je savais que ce ne serait pas possible puisque la traduction se faisait en cours du jour et que pour payer mon loyer et mes factures, il me fallait un travail. D'autre part, vu le prix des études et le travail à fournir en dehors des cours quotidiennement, j'ai rapidement compris que ce ne serait pas possible. Peut-être que c'est là que j'ai commencé à perdre confiance en moi et en mes capacités car je me sentais prise au piège dans une vie que je n'avais pas choisie et qui me permettait juste de m'évader en partant en voyage plusieurs fois par an. Mais une fois de plus, ce n'était qu'une fuite en avant et la réalité n'a pas tardé à me rattraper puisque je me suis retrouvée au pied du mur. J'ai très vite compris malgré tout que je devais sortir de cette spirale descendante et donc, j'ai choisi la solution radicale : j'ai donné ma démission.


A l'époque, je venais de terminer ma première formation de professeur de cours collectifs et de comprendre que j'avais une voix apaisante et relaxante et que peut-être je pourrais moi aussi enseigner malgré ma condition physique déplorable. Avec mon statut d'indépendante complémentaire fraîchement acquis pour une autre activité que je souhaitais mettre en place, je ne me suis pas trop posées de questions et je me suis lancée à corps perdu dans cette nouvelle discipline. Seulement voilà, rien n'était réglé en moi et là où j'avais vu la majorité de celles et ceux qui avaient suivi le même parcours que moi obtenir des heures fixes assez rapidement, je me retrouvais dans la même situation que précédemment : une série de remplacements, quelques heures fixes à des créneaux pas simples et surtout avec un public tellement hétéroclite que j'ai énormément appris sur la manière d'enseigner à des groupes hétérogènes. Sentant que je n'étais pas à la hauteur physiquement, je me suis alors dit que j'allais suivre des cours de yoga pour compenser mon manque de capacités physiques par un enseignement encore plus poussé et précis. Et, parallèlement, j'ai cherché un moyen de gérer mon hypersensibilité naturelle et c'est ainsi que j'ai suivi une première initiation reiki qui a fait bouger pas mal de choses en moi. Mais pas encore assez pour que j'accepte de voir ce qui n'allait pas.



Pourtant je commençais à pouvoir vivre un peu de mes cours (enfin, j'avais suffisamment d'heures fixes et de remplacements pour vivre de ma passion) et je me disais que j'avais enfin trouvé ma voix. J'avais un rythme fou entre les 3 ou 4 heures de cours quotidiennes et un temps partiel en tant qu'indépendante, les journées passaient à une vitesse folle mais j'étais passionnée et je ne comptais ni mon temps ni mon énergie. A plus forte raison qu'à 30 ans, on en a à revendre... .

Et puis, un samedi matin, alors que je devais aller remplacer une collègue à 11h30, mon genou m'a lâchée. J'ai boité péniblement jusqu'à l'arrêt de tram en essayant de trouver le trajet qui impliquerait le moins d'escaliers possible pour pouvoir arriver au club et assurer mon cours. J'ai plus ou moins réussi à assurer ce cours, surtout grâce à une élève qui a accepté de monter sur le podium pour démontrer ce que j'étais incapable de faire à cause de mon genou. Je ne me souviens pas si mon amie et collègue avait encore un second cours à 13 heures à l'époque mais si c'était le cas, j'ai probablement dû me débrouiller pour arriver là bas et aussi pour donner cours avec un genou qui ne voulait plus se plier et une douleur déchirante à chaque fois que je devais prendre appui sur ma jambe pliée.


Malgré la douleur, j'ai continué à assurer tous mes cours à coups de cataplasmes à l'argile verte (très efficace contre l'inflammation) et de genouillère planquée sous me pantalons. Mais quand la crise fut passée, il est devenu rapidement évident que je ne pouvais plus effectuer un certain nombre de poses sans réveiller la douleur ... et repartir pour plusieurs jours compliqués. Il faut dire que j'ai toujours été très résistante à la douleur... quand on a des règles tellement douloureuses car les contractions sont presque aussi fortes que pour un accouchement, on développe une tolérance accrue à la douleur et il en faut beaucoup pour commencer à se plaindre. Néanmoins, j'ai commencé -enfin!- à ouvrir les yeux et à comprendre qu'il fallait que quelque chose change. Et c'est là que le yoga est finalement entré dans ma vie ... .


A suivre ...

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